Barbecue, cowboys et rodéo dans le Queensland

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Vous souvenez-vous de ces moments interminables subis dans la salle d’attente de votre médecin quand vous étiez gosse ? Pas grand chose à voir avec le Queensland, me direz vous. Mais laissez-moi vous en dire plus, et vous comprendrez.

Imaginez : rentrer dans une salle d’attente. Tomber dans un vide spatio-temporel. Et s’ennuyer à mourir.

A l’époque, les réseaux sociaux n’existaient pas. Encore moins les gosses scotchés à un écran.
La seule occupation que nous pouvions trouver, c’était de feuilleter les vieux magazines bazardés sur une table, au milieu de la salle d’attente du toubib, sur fond de musique classique.

Bref, vous ne voyez toujours pas où je veux en venir ?

Voici le but de cette longue introduction : vous souvenez-vous avoir ouvert ces vieux magazines ? Si oui, vous souvenez-vous être tombé par hasard sur ces vieilles pubs Marlboro ?

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C’est qui le beau gosse maintenant ?!

Cette célèbre marque de cigarette avait eu l’idée de vendre le cancer derrière l’image du Cowboy de l’Ouest, sauvage et viril, le mythe du cowboy comme une ode à la liberté et à l’indépendance, une ode à la liberté de fumer.

Eh bien vous savez quoi ? Nous avons rencontré leurs descendants… dans le fin fond du Queensland ! Même chemise, même cheval, même clope au bec. Voici notre histoire.

LE QUEENSLAND, CA N’EST PAS QUE DES PLAGES ET DES ILES PARADISIAQUES. C’EST AUSSI SES HABITANTS.

Le Queensland est un passage obligatoire pour tout voyageur parcourant l’Australie. Réputée dans le monde comme une région unique où la jungle embrasse la plage, où les poissons tropicaux s’acoquinent avec la Grande Barrière de Corail.
Mais le Queensland, ce n’est pas que des plages et des îles paradisiaques. C’est aussi ses habitants.
Lors de l’une de nos mission Helpx, nous avons vécu un mois dans la Daintree Forest, et rencontré les locaux du « Far North Queensland », ceux vivant à la lisière de la jungle et de l’Outback : dans le bush australien.

Si le Queensland a une renommée internationale pour ses nombreuses plages paradisiaques, ses îles idylliques et ses animaux aussi dangereux que rares, la réputation de ses habitants est, quant à elle, moins glorieuse, malheureusement… (disons les choses franchement).
Avant de nous rendre dans cette région, nous étions dans le New South Wales, à quelques kilomètres de Byron Bay, en train de vivre nos premiers « doofs » et de rencontrer nos premiers copains australiens.
En échangeant avec eux sur nos plans d’avenir, c’est-à-dire notre prochaine destination, nous abordons le Queensland et ses paysages mythiques. Mais la discussion à vite tourné autour de ses habitants : « Vous allez voir, ils rigolent pas là-bas ! Ils sont sacrément rustres ! », ou dans leur anglais non censuré : « They are fucking RUDE ! ». Ok. Merci les copains. On retiendra. Mais quand même, les plages…

Paradisiaque disait-on…

DES GROS ROOTS AUX GROS RUSTRES

Pas découragés pour un sou, nous nous envolons vers le Queensland. Atterrissage en douceur à Cairns. La ville et ses nuits festives. Avec beaucoup de voyageurs. Backpackers de toutes nationalité. La transition se fait tranquillement avant de rejoindre notre prochain lieu de travail : un zoo perdu au fin fond de la Daintree Forest.

Nous ne le savons pas encore, mais nous allons bientôt très vite comprendre ce que nos chers copains australiens ont voulu nous faire entendre.

Quelques jours plus tard, fraichement arrivés au milieu de nulle part, premier contact dans le zoo : certains helpers sur place tentent de temporiser : « Le boss, il faut savoir le prendre. Il est rude, mais sympa ». Au moins, nous sommes prévenus. Mieux vaut deux fois qu’une.
Ces quelques avertissements nous auront au moins permis d’appréhender la chose avec plus de légèreté et de recul.
Il suffit de savoir qu’ ici, quand on t’appelle « bastard » ça relève plus d’un surnom amical que d’une insulte. Et que plus la phrase est grossière, plus tu as les faveurs des Queenslanders. Il suffit juste d’avoir le décodeur…

Après une semaine de travail, à sautiller autour des wallabies et autres animaux exotiques hébergés dans le zoo, le boss nous propose de nous emmener découvrir le rodéo !

 

On pensait tomber sur des gars comme ça, mais heureusement ça n’a pas été le cas !

BARBECUE, COUNTRY & RODEO : WELCOME IN QUEENSLAND YOU CUNTS !

Après 20 minutes de route, au-delà des champs de canne à sucre, nous débarquons dans un énorme terrain. On se gare. On marche 5 minutes. Et à notre grande surprise, nous découvrons un grand ranch retapé en saloon, surplombant le champ que nous venions de franchir en voiture.
A peine arrivés, notre boss repère un cochon sauvage, plutôt massif, surgir de la lisière de la forêt. Il signale la présence de la bête à son neveu en beuglant, bras tendu en direction de l’animal « WILD PIG ! ». Ça démarre fort !

Ni une ni deux, le neveu court chopper un quad stationné un peu plus bas. Il déguerpi avec le bolide et course le cochon. L’animal se met alors à courir à toute vitesse, croyant affronter l’engin au plus grand péril de sa vie, et finit par disparaître à nouveau dans la forêt. Dommage, on aurait pu faire un bon barbecue !

Un endroit plutôt sympa !

Un endroit plutôt sympa !

Après cette petite mise en bouche, nous rejoignons le ranch. Spacieux et plutôt accueillant. Un long bar traverse la salle, donnant sur une scène.
Le fond musical est assuré par un guitariste au début de sa soixantaine. La blancheur de sa barbe contraste avec le teint de son visage buriné par le soleil. Il joue un répertoire inspiré des classiques rock des fifties et seventies, ponctués de quelques grands tubes country.
Nous nous tournons vers le bar pour commander une bière. Et bien que nous ayons manqué d’attraper le cochon sauvage à notre arrivée, un barbecue est prêt à être servi. La bière est pas chère, le barbecue plutôt copieux.
Un vieil homme avec un chapeau de cowboy nous sert une assiette contenant l’équivalent d’une ferme : du poulet, du cochon, du bœuf et plein de légumes. Autant prendre des forces avant le rodéo ! Car oui, nous allons pouvoir faire du rodéo !

A peine arrivés au dessert, le patron du ranch nous rejoint, sur les bons conseils de notre boss, très impatient de nous voir affronter la bête ! Il nous tend deux feuilles et nous demande de les remplir immédiatement si nous voulons participer.
Étonnés par cette paperasse atterrissant dans nos assiettes, nous lui demandons quelle est son utilité. Le patron nous répond de manière décontractée qu’il s’agit d’une décharge de responsabilité au cas où nous nous ferions piétiner par le taureau.

Bizarrement, cela ne nous a pas coupé l’appétit. Ce n’est pas tous les jours que l’on a l’occasion de faire du rodéo !

Pas le temps d’hésiter de toute manière, car notre boss, Gil, surgit de nulle part et clame que ce sera l’expérience de notre vie. Un rodéo, « une vraie expérience du Queensland », bien mieux et plus authentique qu’un « fucking » saut en parachute ou qu’un plongeon dans la Grande Barrière de Corail.
Après sa diatribe, Gil, suivi du patron du ranch, nous invitent à nous installer dans les gradins afin d’attendre notre tour.

 VIN ROUGE ET ADRÉNALINE

Une bonne poignée de gars du coin commencent alors à défier les taureaux dans l’arène. Nous observons les cowboys galonnés voler un par un comme des pantins au-dessus de la bête au bout de quelques secondes seulement.
Je tente de me rassurer à voix haute en disant à Jules que j’ai pratiqué l’équitation pendant des années. Qu’il suffira de bien m’accrocher. Comme si c’était un grand cheval !
Chaque chute est accompagnée d’acclamations et d’applaudissements, tandis que l’animateur crie dans son micro.

Un endroit plutôt sympa !

Le Ranch donnant sur l’arène.

L’adrénaline monte d’un coup. On boit un coup. Deux coups. Trois coups.

Le vin aide à patienter. Nous ne quittons pas des yeux les cowboys qui enchaînent les saltos ! En moyenne, les pros du rodéo tiennent six à huit secondes sur les taureaux.
Impatients, nous interpellons le patron du ranch : « Alors quand allons nous pouvoir passer ? ». Doutant de notre état de lucidité, il reste évasif : « Après les autres là-bas ».
Puis, il tente un nouvel argument, un brin machiste, pour nous décourager : «  Mais par contre pour ta lady, je sais pas si ça va être possible. Tu sais, ce n’est pas si souvent que ça que l’on voit une fille monter sur un taureau… Je ne pense pas que ça va le faire… T’aurais pas envie qu’elle soit amochée hein ? » lance-t-il à Jules, convaincu qu’il va nous faire changer d’avis.

Malheureusement pour lui, cela aura plutôt eu l’effet contraire sur nous !

Encore fallait-il que j’arrive à le convaincre de me laisser monter la bête. Je lui raconte mes histoires de poneys. Et je l’entends marmonner « no, no… »
Notre boss Gil, vole à mon secours pour le convaincre. Quelques minutes plus tard, le patron du ranch accepte que je monte une bête. Mais pour moi, ce sera une « vachette ». Entendez par là un petit taureau. Ce qui me va parfaitement vu la taille des bestiaux ! C’est au moins deux fois un cheval !

Entre deux passages de cowboys, nous descendons dans l’arène pour rejoindre les « backstages » du rodéo.

Le système est plutôt bien rodé : un enclos avec la trentaine de taureaux se situe à droite. De l’autre côté, les cavaliers se préparent. Chacune des bêtes est guidée dans ce dédale de barrières à l’aide d’un bâton électrique permettant de faire avancer même les plus réticentes jusqu’à l’arène.
L’adrénaline est plus forte que jamais. Nous nous arrangeons avec les cavaliers pour emprunter leur matériel de protection afin de survivre aux quelques secondes que nous passerons dans l’arène.

Juste avant de rejoindre ma « vachette » j’aperçois une autre fille parmi la dizaine de mecs qui nous entourent dans les backstages. Ça me rassure. Je lui demande si, elle aussi, va monter un petit taureau ce soir.
Elle me répond d’un air ébahi « Hell no ! Of course not ! ». Je suis prévenue, ça n’est visiblement pas un truc de nanas que de faire du rodéo dans ces parages (de faire du rodéo tout court ?) !

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Les bêtes nous attendent de pied ferme !

LE GRAND SAUT

Le casque vissé sur la tête, le plastron sur les pecs, Jules est invité le premier à se préparer. Après avoir passé chacune des clôtures, il arrive entre deux grilles dans un espace pas plus large que la bête. Le principe est d’escalader la grille et de s’asseoir sur le taureau en même temps. Pas super évident, car il y a à peine la place pour nos gambettes, vue la largeur des bovins…
Je prie pour qu’il finisse indemne et qu’il ne se casse rien, tandis que j’observe les trois cowboys qui préparent l’unique harnais qui servira à Jules de s’accrocher et d’équilibrer son corps.

Puis le taureau s’élance dans l’arène. Quelques secondes plus tard, Jules jonche le sol… Et se relève, en boitant, mais il se relève. Me voilà soulagée !

Quand vient mon tour, ma vachette n’est pas très coopérative. Elle n’a pas vraiment l’air d’avoir envie de fouler le sable de l’enceinte et préfère s’allonger dans l’enclos.
Lui aurais-je fais comprendre inconsciemment que finalement, moi non plus, je n’avais pas vraiment envie de faire le grand saut et de risquer de perdre une jambe ? Peu importe, quelques coups de bâtons électriques plus tard, elle se relève et je m’installe.

Plus le choix. Il faut y aller.

Je pense à mes poneys. Je serre mes jambes très fort pour entourer son « petit » corps de taureau. Et puis, c’est parti.

La première seconde est une éternité. On prend alors confiance en se disant  « j’y suis, je tiens » puis, une seconde plus tard… c’est déjà fini. Un cowboy m’aide à me relever et à rejoindre les copains helpers dans les gradins. J’entends vaguement les applaudissements et les sifflets des spectateurs. Je suis en vie, c’est le principal !
Deux secondes de fun, pour un dos en vrac deux semaines. Juste pour pouvoir se dire « j’ai fais du rodéo au fin fond du Queensland ! Plutôt fun non » ?!

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De gauche à droite, notre boss, le patron du Ranch et le wwoofer italien.

Après toute cette excitation, nous rejoignons le bar. Notre boss paye une bouteille de vin pour nous remettre d’aplomb.
Boostés par la descente d’adrénaline et revigorés par le shiraz australien, nous nous laissons porter par les discussions des Queenslanders et oublions notre mal de dos.

Un wwoofer italien, qui vient de terminer ses jours pour son second visa au ranch, nous raconte son expérience, la roulée au bec. Son travail consistait notamment à abattre des cochons sauvages depuis un hélicoptère afin de « réguler leur population ». Ou encore à rapatrier le bétail à dos de cheval.
La chemise colorée est de rigueur. Il en portent tous une. Et nous rappellent ces vieilles pubs Marlboro et l’odeur âpre des salles d’attentes des médecins.

C’est ça la vie dans le Queensland ! Et ses habitants sont au moins aussi passionnants que ses plages !

Une fois toutes ces émotions digérées, il était temps de rentrer.

Mais Gil, qui est originaire d’une famille d’irlandais, en a aussi tous les attributs : la carrure, le franc-parler et surtout la descente.
Lancés à 150 km/heure sur les routes sinueuses du Queensland, nous ignorions que nous risquions plus de mourir sur la route du retour que sur le dos du taureau !

Plus authentique qu’un saut en parachute qu’il disait…

 


 

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